Auteur: Anne-Claire  

 

PERSONNAGES DE CETTE HISTOIRE

Anne-Claire et Marie de l’équipe pédagogique ATKA POLAR SCHOOL.

 

 

LIEU : PRÈS DE LA CABANE D’ATKA

Pour avoir des informations sur la cabane, lire la Polar Week #05

Dans les livres de son enfance, l’insolite beauté des images de l’Arctique a nourri la fascination d’Anne-Claire. Terre de roc et de glace, réduite à sa plus simple expression en l’absence de forêts, de terres agricoles et de traces d’activité humaine, elle l’imaginait alors inhospitalière. 

Un univers hostile, vide ou presque de toute vie. Un monde silencieux et pur. Une terre sauvage à l’intense luminosité, aux vents cinglants, aux glaces cristallines et aux panoramas infinis. Mais l’Arctique n’est pas qu’un lieu de dangers, froid et hostile. Le monde polaire est peuplé d’une biodiversité riche d’espèces, à la biomasse abondante. 

L’EXPLOSION DE VIE ESTIVALE

Chaque année, la saison estivale est un véritable miracle qui dure deux à trois mois seulement.

Cet été, Anne-Claire et Marie ont bien l’intention d’en profiter pour découvrir le Groenland dégelé en se promenant près de la cabane d’ATKA. Isolées de toute industrialisation, elles observent la nature et tentent d’identifier les espèces qu’elles rencontrent. Les cours d’eau dégelés regorgent de bancs de truites et les collines sont parsemées de nids d’oies et de canards qui élèvent leurs oisillons. 

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les bottes de l’équipe d’ATKA foulent des tapis de fleurs multicolores. Anne-Claire et Marie adorent prendre le temps de flâner au milieu de prairies vertes et drues tout en savourant de succulentes baies sucrées ou acidulées. Quel bonheur de cueillir des champignons tout en s’extasiant devant la palette infinie de couleurs des lichens sous leurs pieds.

A l’horizon, Anne-Claire ne voit que fleurs et petits arbustes. Pas de murs, de frontières. Respirer à pleins poumons semble être la seule contrainte. Lorsqu’elle marche, elle a le sentiment de pénétrer dans un territoire où l’Homme n’est pas le maître. 

Bienvenue dans la toundra…

PROMENONS-NOUS DANS LA TOUNDRA

Chauffée par le soleil, la toundra est à première vue un immense jardin couvrant de nombreuses montagnes qui s’élèvent tranquillement vers le ciel, protégeant les habitants du vent. Les températures chaudes de l’été comprises entre 0 et 10 degrés permettent à la vie d’exploser. Sous le soleil de minuit, la toundra s’illumine alors de teintes chaleureuses, rouge, jaune, mauve, vert…

En montant vers le sommet de la colline, les pieds d’Anne-Claire s’enfoncent dans un épais tapis de mousses et de fleurs et de petits arbustes à hauteur de cheville, aux motifs aussi subtils et éclatants que ceux d’un tapis persan. Des petits coussins de plantes jaunes et pourpres (saxifrages) sont posés sur des champs de fleurs dorées (pavot arctique) et entourés de fleurs clinquantes roses et mauves. Une profusion de liserons blancs dodeline dans le vent sur le bord des ruisseaux bruissants. Les tout petits saules aux troncs tordus épais comme des crayons et les minuscules bouleaux courbés embrassent la terre en quête de chaleur. Voilà l’image de la toundra groenlandaise en été !

L’institutrice de l’école du village d’Oqaatsut [ora-tsout] leur a appris que le Groenland abrite plus de 1600 espèces de plantes et de végétaux. Certes, les conditions climatiques de l’Arctique limitent à 12 semaines au maximum la période de floraison, mais les parfums qui s’en dégagent alors sont très intenses. 

La puissance et la patience de ces plantes est incroyable. La toundra apprend à regarder, à voir au-delà de ce que l’on voit peut voir sous les climats tempérés. Dans ces conditions extrêmes, il faut 200 ans à un arbre pour développer un tronc de la taille d’un bras ! Dans les zones humides près des lacs, Anne-Claire croise souvent la fameuse linaigrette arctique, utilisée dans le passé comme mèche pour les lampes à huile inuites.  Elles sont faciles à trouver car elles forment des taches blanches éblouissantes le long des étangs et des torrents, là où la mousse est la plus verte. 

UNE CAPACITÉ D’ADAPTATION UNIQUE

En regardant ce spectacle de vie estivale, Anne-Claire a l’impression que la toundra respire, profondément et avec douceur, comme pour récupérer d’un effort, celui du combat de la vie durant l’hiver. L’été, c’est le bonheur doux.

Mais comment font ces plantes pour survivre au froid ? Car face à l’hiver, la toundra doit se protéger sans cesse.

Anne-Claire sait que les plantes hibernent sous le manteau de neige pour se protéger des très basses températures accrues par l’effet des vents violents qui balayent la toundra. Mais la flore a-t-elle développé d’autres techniques pour s’adapter à ce climat rigoureux et renaître chaque été ? Anne-Claire garde en tête ces questions qu’elle posera à une amie scientifique spécialiste des plantes arctiques très prochainement. 

 

 

MISSION HERBIER

Comme l’Arctique explose de fleurs en été, Anne-Claire et Marie ont l’idée de réunir les plantes de la toundra dans un herbier qu’elles montreront aux classes du programme ATKA Polar School à leur retour en Europe.

Cette mission leur fait découvrir un autre monde. Faire de la cueillette, c’est avoir un regard différent sur la nature qui nous entoure. Toutes ces plantes qu’elles croyaient semblables commencent à se différencier, avec toute leur diversité : forme des feuilles et des pétales, nuances de verts différents, couleur des fleurs… Il suffit de prendre le temps d’observer. Elles apprennent à reconnaître les différentes plantes sans pour autant connaître encore leur nom.  

Il y a toutes celles qui sont rampantes, grimpantes, colorées, mousseuses, les timides qui se cachent derrière d’autres qui se laissent moins facilement trouver. Éberluées par la diversité de la végétation qui s’offre à elles, Anne-Claire et Marie passent des journées entières à se promener dans la toundra. Après chaque cueillette, elles étalent leurs trésors sur la table de la cabane, les trient et les font sécher entre les feuilles d’un livre épais. 

Anne-Claire et Marie ont découvert de nombreuses caractéristiques étonnantes. En feuilletant des livres groenlandais, elles comprennent que les fleurs, les feuilles et les tiges s’adaptent à la vie dans l’Arctique. Certaines plantes ont des poils et des peaux épaisses. Neuf mois par an, le sol étant gelé, les plantes ne peuvent plus puiser d’humidité, c’est pourquoi elles emmagasinent l’eau durant l’été. Le duvet sur les tiges des fleurs empêche l’évapotranspiration des fleurs sous l’effet des vents desséchants. 

Décidément, la nature est incroyablement bien faite !

Voici quelques images de leur cueillette et leur début d’herbier…

Cette mission leur a donné encore plus envie de protéger les plantes. Mieux on connaît le milieu dans lequel on vit, plus on a tendance à le respecter, car on prend conscience des interactions avec le milieu environnant. Et vous, quels types de plantes poussent près de votre école ? Ont-elles aussi besoin d’hiverner durant l’hiver ? 

 

Bolet roux
Petite araignée

DES CHAMPIGNONS ET DES LICHENS

L’équipe d’ATKA va souvent pêcher durant l’été. Anne-Claire n’est pas très forte pour la pêche, mais elle adore aller cueillir des champignons et en faire une belle fricassée au grand bonheur de toute l’équipe. Lors de ces cueillettes de champignons, elle découvre souvent de nouvelles espèces de plantes, d’animaux ou d’insectes dont le moustique, le moucheron et le papillon. Rien de plus normal lorsqu’on sait qu’il y a ici environ 700 espèces d’insectes (sur 1,3 million décrites dans le monde). Mais pas de fourmis au Groenland ! Cette dernière a colonisé toutes les régions terrestres, à l’exception du Groenland et de l’Antarctique…

Lors d’une cueillette aux champignons, Anne-Claire croise la route d’une petite araignée. Le soleil de la toundra a attiré cet arachnide vers le chapeau d’un gros champignon comestible. Un bon bain-de-soleil ! Anne-Claire ne la dérange pas. Il y a bien assez de champignons pour tout le monde.

Il y a aussi très souvent des lichens proches des champignons. Anne-Claire et Marie savent que les lichens jouent un rôle important comme source de nourriture pour diverses espèces de l’Arctique.

 

UN THÉ DANS LA TOUNDRA ?

En papotant avec les amis du village d’Oqaatsut, Anne-Claire et Marie apprennent qu’il y a certaines plantes de la toundra qui peuvent être consommées en infusion.

Intriguées, elles demandent à y goûter. 

Les filles sont emballées par le goût si agréable de ce thé. Elles troqueront par la suite leurs sachets de thé industriels venus de France contre cette plante naturelle. On leur indique que c’est le « thé du Labrador » auparavant appelé « lédon du Groenland » ; il est possible de le trouver un peu partout dans la toundra près de la cabane d’ATKA. Quelle bonne nouvelle ! Ses feuilles froissées dégagent une odeur agréable et l’infusion des feuilles, des fleurs et des boutons floraux donne une boisson aromatique appréciée.

En examinant cette plante, elles observent que tout dans sa structure rappelle qu’elle est faite pour affronter de dures conditions : rameaux et feuilles recouverts d’un dense duvet cotonneux comme s’il fallait toujours craindre un possible coup de froid, feuilles étroites et coriaces, aux bords qui s’enroulent comme si, à tout moment, elles étaient sur le point de se refermer sur elles-mêmes, au cas où… Et par mesure supplémentaire de sécurité, elle est tellement imprégnée de principes résineux qu’elle est pratiquement imputrescible. Avec toute cette adversité, on pourrait la croire avare en goût. Il n’en est rien.

Au-delà de sa saveur agréable, il y quelques usages médicinaux au thé du Labrador… Des études ont permis d’établir que cette plante est anti-oxydante et combat la toux et les maladies infectieuses transmises par les moustiques. 

Il n’y a plus qu’à continuer à la ramasser et à la partager avec les amis alors !

 

UNE FIN DE JOURNÉE TOUT EN DOUCEUR

Parvenues au sommet de la colline derrière la cabane, au terme d’une ascension de 30 minutes, Anne-Claire et Marie apprécient un paysage exempt de traces humaines. Elles embrassent du regard une baie entière, mouchetée d’icebergs dispersés dans une mer brune. Le contraste des couleurs est un spectacle permanent. Le bruit de la ville et ses voitures pétaradantes n’existe pas ici. Un groupe de bruants des neiges voltige d’un rocher couvert de lichen à un autre ; un énorme bourdon tournoie en vrombissant.  Autour d’elles, des montagnes colorées ondulent à perte de vue, le bleu de la baie et le soleil sur la végétation étincellent. La journée est bientôt terminée, il est temps de redescendre et de rejoindre l’équipe. 

Arrivées dans la cabane, au chaud, Anne-Claire et Marie font chauffer de l’eau pour faire infuser les fleurs du thé du Labrador précédemment séchées. Le thé est prêt et il est temps d’aller observer les couleurs du soleil proche de l’horizon. Et là, dans la toundra, en partageant un thé cueilli eux-même, les membres de l’équipe d’ATKA sourient, appréciant simplement ces moments exceptionnels, profondément doux. Ils ne sont pas propriétaires de ce territoire et ils se doivent de ne pas l’abîmer, de le protéger.

En attendant la prochaine Polar Week sur la chasse aux phoques au Groenland, on se prend un petit thé de Labrador les amis ?

POLAR DICO

  • Le mot « toundra » vient des Samis du nord-ouest de la Russie, et signifie « terre stérile » ou « terre sans arbres ». La toundra est le plus jeune des biomes de la planète, ayant été formée il y a environ 10 000 ans, à la fin de la dernière période glaciaire. Il existe trois types de toundras dans le monde – la toundra arctique, la toundra antarctique et la toundra alpine – qui partagent des conditions similaires.

 

  • L’évapotranspiration est la quantité d’eau transférée vers l’atmosphère, par l’évaporation au niveau du sol et au niveau de l’interception des précipitations, et par la transpiration des plantes.

 

  • Les lichens sont le résultat d’une relation symbiotique entre des champignons et des algues ou des bactéries, semblable à celle que forment les coraux. Les champignons fournissent une structure et absorbent des minéraux provenant de leur environnement (roches, sols ou plantes sur lesquels ils poussent), tandis que les algues ou les bactéries peuvent produire de l’énergie à partir de la lumière grâce à la photosynthèse pour se nourrir et nourrir les champignons. Les algues ou les bactéries vivent intégrées dans les champignons, et cette association de diverses espèces permet une grande variété de lichens de formes et de couleurs variées. Les lichens, comme les mousses, ont besoin d’humidité pour pousser et peuvent entrer en dormance si les conditions sont trop sèches. Leur croissance est très lente, mais ils peuvent vivre très longtemps (jusqu’à 4000 à 5000 ans!) s’ils ne sont pas perturbés. Les lichens sont très sensibles à la pollution atmosphérique, et les scientifiques les utilisent comme bio-indicateurs de la qualité de l’air.
  • La biodiversité arctique sous pression. Des changements climatiques spectaculaires en cours dans l’Arctique menacent actuellement l’intégrité et la viabilité de ses ressources vivantes, mettant directement en danger la résilience de ses résidents – notamment les populations autochtones – tributaires de ces ressources. Le danger principal réside dans le changement climatique : son impact sur la biodiversité de l’Arctique est déjà sensible, et d’autres effets bien plus importants (variables selon les régions) sont attendus au cours de ce siècle. D’ici à 2100, la température de l’Arctique devrait augmenter de 3 à 5 °C au-dessus des terres et de 7 °C sur l’océan, ce qui aurait des répercussions considérables sur les écosystèmes (EICCA 2005). L’un des effets prévisibles est une réduction de 50 % de l’étendue de la banquise d’été et le déplacement de certaines espèces et écosystèmes arctiques (comme les déserts et la toundra polaires), remplacés par des espèces et des écosystèmes plus méridionaux. Le changement observé (par exemple, une réduction de 34 % de l’étendue de la banquise d’été en 2008) a, dans une grande mesure, pris de vitesse les prévisions des modèles climatiques, dont les estimations paraissent sous-évaluées. Si le changement climatique exerce une pression croissante sur la résilience et la viabilité de la biodiversité de l’Arctique, ce n’en est pas le seul facteur. Il y a aussi les contaminants de l’environnement, la fragmentation des habitats, les espèces invasives, l’intensification du transport maritime et aérien et la mise en valeur de la région par l’exploration et l’exploitation du gaz et du pétrole, la foresterie, les projets hydroélectriques et l’urbanisation.
image_pdfPDF