Auteur: Anne-Claire, coordinatrice du projet ATKA Polar School. 

Les (*) dans cette histoire renvoient au glossaire à la fin de la polar week.

 

PERSONNAGES DE CETTE HISTOIRE

 

  • Anne-Claire et Marie de l’équipe pédagogique
  • Baptiste et Brieuc : les marins d’ATKA 
  • Stéphane, le scientifique amoureux de la vie sauvage

 

 

LE CONTEXTE

 

« Quand on aime, on ne compte pas… ». Un adage de plus à la liste des valeurs d’ATKA. Il y a 3 ans, ATKA a tellement aimé passer l’hiver proche du village d’Oqaatsut [o-ra-tsoot] que l’équipe a décidé d’acheter une petite cabane isolée à quelques kilomètres du village. Cette petite habitation sommaire se situe à environ 7 ou 8 heures de marche du village d’Oqaatsut, ou 20 minutes en barque à moteur.

 

POINT GÉOGRAPHIE

Petit village d’environ 30 âmes à l’année, Oqaatsut [o-ra-tsoot] est situé sur une petite péninsule à l’est de la baie de Disko. La ville la plus proche se situe à 23 km et s’appelle Ilulissat [ilou-li-ssat] qui signifie « glacier ». 

Légende: Image satellite d’une petite partie de la baie de Disko au débouché du fjord d’Ilulissat avec la ville du même nom juste au nord de l’étendue d’iceberg.

 

Depuis 2004, le fjord d’Ilulissat est classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO (https://whc.unesco.org/fr/list/1149). Le glacier d’Ilulissat se prénomme Jakobshavn.

Certains des icebergs qui se détachent du front du glacier sont si monumentaux, faisant jusqu’à 1 000 mètres de hauteur, qu’ils restent coincés dans le fjord pendant des années avant de rejoindre la baie de Disko. Durant l’été, c’est l’un des glaciers les plus actifs et ayant la progression la plus rapide au monde (40 m par jour), déversant chaque jour des icebergs géants dans le fjord. Chaque année, ce glacier voit sa superficie diminuer (vidéo du retrait du glacier : https://www.youtube.com/watch?v=ueHWbSZE_YQ).

 

La légende dit d’ailleurs que c’est un iceberg d’Ilulissat qui a coulé le Titanic. Avec ses
5 000 habitants, Ilulissat est la troisième plus grande ville du Groenland. Elle est estampillée « ville touristique ». Il est vrai qu’on y trouve des magasins bien fournis en iPad, des musées, un hôtel 5 étoiles, un restaurant thaïlandais et des cafés imitation Starbucks. Les 5 grandes villes du Groenland sont très urbanisées. Mais il suffit de s’éloigner un peu en bateau pour découvrir des villages typiques, dépourvus de centres commerciaux et de voitures.

 

Oqaatsut [o-ra-tsoot] est l’un de ces nombreux petits villages du Groenland. Son nom signifie cormoran (oiseau de mer) en groenlandais. Notre cabane a été construite par des Groenlandais dans un des fjords non loin du village.

Légende : village d’Oqaatsut, été 2018.

 

MISSION CABANE

 

Cet été, Anne-Claire a rejoint le Groenland non pas pour naviguer sur ATKA, mais pour vivre dans la cabane. Elle souhaite collecter de nombreuses informations sur la biodiversité* du Groenland durant l’été et les partager avec les enfants du programme ATKA Polar School. Anne-Claire arrive à Oqaatsut en avion en juillet 2018 avec cette mission en tête. Elle retrouve Marie qui a fait plusieurs semaines de navigation depuis La Rochelle. 

Légende : Marie et Anne-Claire se retrouvent à Oqaatsut !

 

L’histoire débute dans une barque qui avance au moteur. L’équipe a quitté ATKA et le village pour aller expérimenter la vie dans une cabane groenlandaise quelques semaines. Dans la barque, Baptiste, Brieuc, Stéphane, Marie et Anne-Claire sont excités d’arriver dans cette maison pour la première fois.

 

 

VOYAGE EN BARQUE

 

Depuis la petite barque, la cabane met du temps à se laisser apercevoir dans le fjord. Ce ne sont pas les yeux d’Anne-Claire, gonflés par le froid et l’absence de sommeil, qui vont l’aider à la trouver. Bercée par le voyage, Anne-Claire profite de ce moment pour observer le paysage qui l’entoure. Le ciel bleu, la terre noire et la mer sombre se partagent l’horizon dans une harmonie apaisante. Dans cette petite embarcation, elle voyage dans un décor hallucinant. Se trouver à bord d’un vaisseau spatial ne doit pas être beaucoup plus fou ! Habiles, les marins Brieuc et Baptiste se frayent un chemin entre les icebergs de la baie. Dans cette eau avoisinant les 4 degrés Celsius l’été, la barque est comme un intrus que la mer tolère. Nous sommes tout petits à côté de ces colosses de glace.

Anne-Claire est surprise en voyant défiler le paysage du Groenland l’été. Elle est habituée à l’hiver polaire, quand tout est blanc et gelé. Elle est sidérée, bouleversée par ces montagnes découpées par l’eau libre, envahie par l’espace et la perspective des vallées, émue par les couleurs subtiles de cette terre brute et sauvage si colorée. On aurait tort de penser que le Groenland est un univers bleu et blanc. Le rose, le violet, le rouge, le vert, le noir occupent les paysages de l’été.

Forcée de zigzaguer dans un dédale de glaces, la barque gagne enfin un espace libre qui permet une vue lointaine. L’air frais sur le visage, Anne-Claire discerne enfin la cabane rouge isolée dans un fjord*. À l’exception de quelques habitations disséminées ça et là, la nature règne ici en maître. Personne ne vit à l’année ici. Pas de petit bateau de pêche ancré ni de maisonnette éclairée. Ici, aucune route goudronnée. Pas d’eau courante ni d’électricité. Seules les traces de passage d’avion dans le ciel rappellent que la terre ne s’est pas encore arrêtée de tourner. 

 

 

ARRIVER DANS LA CABANE

Le moteur de la barque tourne toujours. Baptiste aux commandes de notre bolide marin annonce qu’il va bientôt falloir se préparer à toucher terre. Hop tout le monde à terre ! 

 

Les pieds sur les cailloux, Anne-Claire a l’impression d’avoir été comme catapultée dans un décor enchanté, loin de la fureur du monde.

 

La perspective de se retrouver coincés ici, coupés du reste du monde, pendant de nombreuses semaines fait réaliser que c’est une vie déconnectée de la vie urbaine habituelle. Pas d’électricité donc pas d’internet, de téléphone et d’ordinateur. Pas de lumières non plus. Mais en plein juillet, ce n’est pas le soleil qui manque en Arctique ! On compte sur le soleil de minuit*.

 

Instinctivement, un sentiment de liberté prend rapidement le dessus. Les sourires et les regards heureux se croisent. Marie, Baptiste, Stéphane et Brieuc ont l’air tout aussi empreints de ce sentiment. 

Légende : Anne-Claire, heureuse de vivre cette expérience de vie unique !

 

 

LE PANORAMMA

À l’extérieur de la cabane, sur la terrasse de bois, la vue est grandiose. Tout autour, des sombres falaises de basalte s’élèvent comme des murailles protégeant notre maisonnette. À quelques mètres, des icebergs majestueux naviguent dans le fjord. Durant la journée, peut-être s’écrouleront ils dans un bruit de tonnerre, peut-être s’échoueront-ils sur le fond, à moins que le courant de marée ne les emporte au loin. 

 

 

À L’INTÉRIEUR

 

L’intérieur de la cabane est confortablement aménagé. Malgré sa modeste taille de 15 m2 pour 5 personnes, on s’y sent merveilleusement bien. Il y a 2 pièces. 

En ouvrant la porte, il y a tout d’abord un petit vestibule où poser chaussures, vestes et outils.

La seconde pièce est composée à la fois de la salle de vie avec une table, d’un coin cuisine, d’un poêle, d’un coin d’eau pour la toilette et la vaisselle ainsi qu’une chambre collective.

 

  • Repas : pour cuisiner, 2 plaques à gaz. Une bouteille de gaz achetée au village suffit pour passer juillet. La nourriture (boîtes de conserve, pâtes et riz) est stockée dans la cabane. 
  • Rangement : les sacs et le matériel d’expédition sont rangés sous le lit commun (qui n’est autre qu’une grande planche de bois soutenant des matelas en mousse).
  • Chaleur : Le poêle à pétrole assure le chauffage. Il est l’ami de tous, tant sa tâche est importante et vitale. 
  • Eau : Deux gros bidons en plastique permettent d’aller récolter l’eau dans la rivière. Cette eau sert à cuisiner, boire, laver la vaisselle ainsi qu’à se laver. Récolter de l’eau est une tâche parfois fastidieuse à accomplir, et chacun apprend très vite à être économe avec l’eau.
  • Lumière : Durant l’été polaire, pas besoin de lumière. S’il fait un peu sombre, des bougies sont allumées.

 

La cabane possède deux fenêtres. L’une est ouverte sur l’ouest, et l’autre sur le sud. Par la première fenêtre, on peut observer le fjord au complet. Par la seconde, plus petite, on distingue les montagnes. La table, collée à la fenêtre de l’ouest, en occupe toute la largeur et permet de passer des heures assis à regarder les icebergs se déplacer dans le fjord. Cette grande fenêtre invite la beauté à entrer tout en protégeant du froid.

 

Légende : Marie, allongée sur le lit commun observe les icebergs depuis la petite fenêtre.

 

 

UN QUOTIDIEN UTILE

Ce lieu est un royaume de simplification. Isolée sur des cailloux avec comme horizon des icebergs flottant dans un fjord, la vie se réduit à des gestes simples. Le temps arraché aux corvées quotidiennes est occupé à découvrir la nature, aller pêcher, tirer de l’eau, bricoler, cueillir des champignons, cuisiner, lire, écrire et boire du thé.

 

Pour manger, il y a le choix entre faire chauffer des boîtes de conserve ou aller chercher le repas dans la nature. Durant l’été en Arctique, on peut trouver des champignons, des coquillages, des oursins, et beaucoup de poissons. À plusieurs reprises, Anne-Claire tente de pêcher des poissons. Il faut croire que la pêche est une discipline qui n’est pas innée, car il lui aura fallu un bon nombre d’essais avant d’attraper un seul poisson. en revanche, l’un des membres de l’équipe prénommé Stéphane est un très bon pêcheur. Contrairement à Anne-Claire, il attrape des poissons quasiment à chaque fois en un temps record ! Anne-Claire n’abandonne pas pour autant la tâche. Elle a trouvé une astuce : aller récolter des moules à marée basse. Bien plus simple et plus efficace ! 

Légende : les cadeaux de la nature : champignons, moules, oursins, truites, morues, soles…

 

 

L’ENFER DU PARADIS : LES MOUSTIQUES

Contrairement aux idées reçues, durant l’été en Arctique, il faut se munir d’une bombe anti-moustiques et d’une moustiquaire. Chaque moment au soleil est un combat contre les moustiques. Ils réagissent avec une sensibilité de sismographe à la moindre hausse de température. Dès que l’air atteint environ trois degrés Celsius, ils éclosent par milliards. À chaque balade, ces espions en escadrille attaquent comme s’ils n’avaient jamais vu d’humains. 

 

Seules les femelles piquent. Mais avant de piquer, les femelles comme les mâles boivent le nectar des fleurs de la toundra ou d’autres liquides à leur goût. Anne-Claire s’en passerait bien ! Néanmoins, rien ne sert de s’énerver, ça ne changera rien. Mieux vaut essayer de sortir lorsque la température chute ou que la pluie les empêche de voler. 

 

Légende: la moustiquaire est indispensable !

 

 

UNE FIN DE JOURNÉE TYPIQUE

 

Légende : Baptiste tricote son bonnet pour l’hiver.

Brieuc à la vaisselle proche de la porte, Stéphane range son matériel de pêche.

 

Lorsque c’est l’heure d’aller se coucher, il fait encore un peu jour en juillet. Anne-Claire sait que pendant l’été, le soleil ne les abandonne presque jamais. Après une journée remplie de mini-aventures (cueillette de champignons, pêche à la morue, réparation de matériel, balade dans les montagnes, voyage en barque, etc.), l’ambiance dans la cabane est souvent très bonne. Chacun range ses petites affaires et s’apprête à dîner. Marie entasse ses livres dans son sac situé sous le lit commun. Baptiste pousse la chansonnette tout en tricotant un bonnet pour l’hiver. Stéphane range son matériel de pêche. Brieuc s’applique à préparer le poisson fraîchement pêché. Anne-Claire allume le poêle de la cabane pour réchauffer toute cette petite tribu qui baigne dans un océan d’énergies douces. Dehors, les moustiques s’endorment pour la fin de soirée. La petite tisane du soir pourra se prendre dehors. La température chute un peu lorsque le soleil est bas.

 

Ça sent les pâtes, les sacs de couchage, le poêle, le poisson frais, les cernes et l’horizon de demain.

Légende : Brieuc et Baptiste sirotent un petit thé à 23h00. La vue est grandiose.

 

C’est à ce moment, lorsque la nuit commence à devenir sombre, que se termine cette histoire. La prochaine fois, vous irez pêcher et découvrirez quelques animaux de la région.

* POLAR DICO 

 

  • L’Arctique désigne la région entourant le pôle Nord, à l’intérieur du cercle polaire. C’est aussi le nom d’un océan (océan Arctique, le plus petit de tous) appelé aussi océan glacial Arctique.
  • Le Groenland est l’île la plus étendue du monde (deux millions de km2, soit quatre fois la surface de la France). Elle est située dans l’océan Arctique. Entièrement recouverte de glace presque toute l’année, elle est habitée par 57 000 Inuits*. Les Groenlandais parlent l’inuktitut (langue inuit), le danois et un peu d’anglais. Le Groenland est un territoire autonome rattaché au Danemark. Il est lié à l’Europe, mais ne fait pas partie de la communauté européenne.
  • Une calotte polaire (ou glaciaire) est un glacier d’eau douce très étendu, s’écoulant dans différentes directions sur un socle rocheux. Si un glacier est suffisamment vaste (plus de 50 000 km2), on parle d’inlandsis (du danois « glace de l’intérieur du pays »). Il n’y a que deux inlandsis encore en activité aujourd’hui dans le monde, celui du Groenland et celui de l’Antarctique. Ces deux calottes polaires renferment 98 % des réserves d’eau douce de la terre. 

 

 

  • Un fjord est une ancienne vallée glaciaire envahie par la mer. Autrement dit, il s’agit d’un bras de mer qui s’avance loin dans les terres. Le plus souvent, les parois sont abruptes et plongent directement dans l’eau de mer. Fjord est un mot norvégien et pour cause, la plupart des fjords se trouvent en Norvège. Il existe également des fjords au Canada, en Islande, en Alaska, au Groenland, au Chili, en Argentine et en Nouvelle-Zélande.
  • Le mot iceberg vient du néerlandais ijsberg, « montagne de glace ». C’est un bloc de glace composé d’eau douce qui s’est détaché d’un glacier ou de la calotte polaire et qui dérive sur l’eau.
  • La biodiversité est l’ensemble des espèces vivantes de la Terre. C’est un mot composé à partir des mots « biologie » et « diversité », la variété de la vie. 
  • Le soleil de minuit (aussi appelé jour polaire) est une période de l’année durant laquelle le soleil ne se couche pas. Ce phénomène se produit aux alentours du solstice d’été. 
  • Le terme « Inuit » désigne l’ensemble des peuples autochtones des régions arctiques, c’est à dire entre le 56e et le 76e parallèle nord. Les populations inuites sont ainsi présentes dans quatre pays : au Groenland, dans la Fédération de Russie (Nord Est de la Sibérie), aux Etats-Unis (Alaska) et au Canada. On compte aujourd’hui 150 000 Inuits. Le mot Inuit signifie « les gens ». Le mot Eskimo, qui signifie « mangeur de viande crue », est péjoratif au Groenland.
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