LIEU: 

Sur l’eau à quelques minutes du village d’Oqaatsut (Rodebay).

 

PERSONNAGES DE CETTE HISTOIRE :

À travers la Polar Week de cette semaine, observez avec Anne-Claire et Marie la magie des icebergs et des baleines qui peuplent l’Arctique durant l’été.

Que ce soit sur le voilier ATKA à se faufiler entre les icebergs ou encore au chaud dans la cabane, le silence total est rare. Les sons, non pas ceux des activités humaines, mais ceux des éléments naturels qui nous entourent, nous fascinent et nous animent ! Voici cette semaine une sélection d’images, de sons et d’explications pour vous faire découvrir les rois et reines de l’Arctique durant l’été : les icebergs et les baleines !

 

Avant cela, quelques notions indispensables à avoir pour une meilleure compréhension de cette Polar Week.

 

 

LES ICEBERGS

 

Qu’est-ce qu’un iceberg ?

Le mot iceberg est une traduction du mot néerlandais ijsberg, qui signifie littéralement « montagne de glace ». Un iceberg est un bloc d’eau douce gelée flottant sur l’océan, à ne pas confondre avec la banquise. Plus exactement, c’est un morceau d glacier du continent qui s’est détaché et qui dérive sur l’eau de mer, au fil des courants marins et du vent.

Il ne faut pas oublier que le Groenland est une île recouverte par un glacier d’eau douce, à la fois très grand et étendu sur une zone large. On appelle ce glacier géant une calotte polaire ou un inlandsis. Il recouvre 85 % du Groenland et dépasse les 3 kms d’épaisseur !

Anne-Claire imagine souvent cette calotte polaire est comme une meringue géante qui s’écoule du centre vers les côtes, utilisant les fjords pour glisser jusqu’à l’océan où elle se fracture et s’émiette en icebergs. 

Il n’y a pas de doute, la naissance d’un iceberg est l’un des plus formidables spectacles offerts par la nature. L’heureux événement se manifeste d’abord par un long grondement dont on ne sait pas trop s’il est de bon augure et qui hésite entre l’effondrement de bâtiment et le gémissement de l’arbre qui s’affale après le dernier coup de hache. Un cri sourd qui a dû déjà s’entendre aux premiers âges de la Terre. Quel déchirement ! Le glacier enfante ses icebergs en se brisant. Dans ces gémissements de fin du monde, le glacier enfante ses icebergs en se brisant, comme une titanesque mise à bas. Peut-être est-ce pour cette raison qu’on dit qu’un glacier vêle lorsqu’il se casse pour créer des icebergs.

Les morceaux de glaces, tous uniques, partent alors pour un long voyage chevauchant les courants, happés par les vents et bousculés par les marées.

 

À chacun son visage !

L’iceberg nouveau-né se sépare du glacier dans une grande effusion d’éclaboussures, parfois fatales aux embarcations alentours. ATKA ne s’approche jamais trop près des glaciers pour cette raison.


De multiples fragments de glace, nommés sarrasins (brash ice pour les anglais), l’accompagnent dans sa chute. Parfois, comme si l’iceberg n’était pas rassuré, il s’attarde, s’échoue parfois sur le fond, le racle, le ratisse, puis un beau jour décide de partir à l’aventure et gagne le large. Anne-Claire et Marie passent des heures à observer les icebergs,tous différents. En se détachant du glacier, l’iceberg adopte un panel de silhouettes variées allant du dôme au pic acéré, en passant par le bloc biseauté, la cathédrale de cristal ou toute autre forme extravagante. Souvent, elles croisent dans la baie de Disko des spécimens griffés de rainures rectilignes. Marie, qui est glaciologue, explique à Anne-Claire qu’il s’agit en fait d’icebergs ayant basculé, désormais le ventre hors de l’eau, exposant à l’air libre les sillons creusés par les bulles d’air emprisonnées dans la glace et qui une fois libérées empruntent la même “gouttière” pour remonter en surface. De la même façon, d’autres tout en rondeurs et courbes avantageuses, exhibent leurs dessous entièrement poncés et polis par l’alvéole creusé par le sel.

Les icebergs : une myriade de teintes

En se promenant avec ATKA ou la barque, Anne-Claire et Marie constatent que les icebergs peuvent présenter des décorations qui viennent rehausser leur teint blanchâtre : des stries d’un bleu soutenu, issues de la congélation avec peu de bulles d’air de l’eau sur les glaciers pendant l’été ; des zébrures au marron douteux, reliquats de matières rocheuses provenant de la base du glacier mère ou de débris de roches emportés par le flot des glaces ; de charmantes mouchetures tirant sur le rouge, l’orange ou encore le vert, dues à la présence de microscopiques algues unicellulaire.

 

La face cachée ne le reste jamais très longtemps.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire l’iceberg ne reste pas immobile, 1/3 à la surface les deux 2/3 en dessous. 

Depuis les cogitations de ce brave Archimède dans sa baignoire, Anne-Claire et Marie savent que : “Tout corps plongé dans un liquide reçoit une poussée de bas en haut égale au poids du volume d’eau déplacé ”. L’iceberg est bel et bien un bloc d’eau douce provenant du glacier flottant sur de l’eau salée. Ce n’est un secret pour personne, l’iceberg ne nous montre qu’une infime partie de son anatomie. Le volume de glace immergée dépend du rapport entre la densité de la glace et celle de l’eau de la mer : théoriquement les neuf dixièmes de l’iceberg devraient être submergés. Dans la réalité, Anne-Claire et Marie ont pu observer que cela dépend aussi de la forme de l’iceberg. 

Elles ont pu voir aussi que les icebergs ne sont pas immobiles. Ils se font toujours ballotter et sculpter par les courants. La partie immergée est grignotée par l’océan et la partie émergée fond avec le soleil de l’été. Perdant de son épaisseur, la tête plus lourde que le bas du corps, l’iceberg lutte pour garder son équilibre. Il se dandine et finit par basculer dans un grand fracas !

 

L’iceberg crépite, car en se cassant il laisse s’échapper des petites bulles d’air emprisonnées lors de la formation du glacier il y a des millions d’années. Ce sont d’ailleurs grâce à ces bulles d’air que les scientifiques peuvent reconstruire le climat passé.

Écoutez : Sons : Iceberg qui crépite

LES BALEINES

 

Nous avons tous, peu importe notre âge, une sorte de fascination pour la faune. La baleine fait partie de la fascination collective pour les grands mammifères. Arrivées près des côtes du Groenland, Anne-Claire et Marie attendent avec impatience leur première baleine. Il y a le choix, il y a un grand nombre d’espèces différentes dans les eaux arctiques.

Voir des baleines est aléatoire et la recherche prend des allures d’enquêtes . Comment retrouver un animal, même de la taille d’une baleine, dans l’immensité liquide ? Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Scrutant inlassablement l’horizon de dans toutes les directions, Anne-Claire et Marie ne trouvent pas grand-chose. C’est surtout le bruit des baleines qu’elles entendent. Elles soufflent. Ce souffle puissant est visible à plusieurs dizaines de kilomètres par temps calme et le bruit transmis par la surface de l’eau est souvent étonnement proche.

Depuis ATKA, l’équipe à bord observe l’horizon. Soudain, un souffle puissant résonne très proche du bateau, suivi d’un second, puis d’un troisième… les voilà ! Trois dos sombres, courbes brillantes dans le soleil, passent à quelques mètres de la coque. Quel spectacle ! Elles sont énormes, puissantes, racées, évoluant comme au ralenti dans une ondulation linéaire. L’équipe peut voir l’évent s’ouvrir, deux narines gigantesques qui expulsent l’air avec violence avant de se refermer au contact de l’eau. Elles sont belles, majestueuses dans leur royaume. Tout va très vite, deux minutes plus tard, elles arquent le dos pour s’enfoncer vers les profondeurs de l’océan Arctique. Par chance, la queue se lèvera vers le ciel avant de disparaître à nouveau.

Debout sur le pont d’ATKA, Marie et Anne-Claire restent songeuses devant l’immense remous circulaire provoqué par le mouvement de la queue.

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Elles se disent souvent que ces séjours avec ATKA au sommet du globe comptent plus dans la découverte de la nature que n’importe quelle autre expérience. Ces couleurs d’eau turquoise qui se dévoilent dessous les icebergs où vivent les baleines continuent aujourd’hui toujours à les éclairer et leur donner envie de continuer à expérimenter cette vie teintée de glaces.

Il n’y a pas de place pour l’indifférence là-haut. Les icebergs et les baleines s’en assurent !

POLAR DICO

 
  • Banquise : c’est cette couche de glace, beaucoup plus fine qu’un glacier, qui se forme à la surface de la mer chaque automne et hiver lorsque les températures baissent. L’eau de mer gèle progressivement jusqu’à former une belle banquise. Durant la nuit polaire, la banquise grossit et atteint jusqu’à un à deux mètres d’épaisseur. “L’état de la banquise est un indicateur du changement climatique. Les mesures effectuées par satellite indiquent que la partie pérenne de glace diminue depuis 30 ans” ce qui fait la pluie… et le beau temps, ed. La Salamandre, Blanchard T., Frey P., Michaud F.

 

  • Calotte polaire :  Glacier de très grande étendue recouvrant la terre ferme, il peut atteindre plusieurs milliers de mètres d’épaisseur et peut se prolonger à la surface de la mer en formant des barrières de glace. Il en existe deux actuellement : la plus étendue sur l’Antarctique au pôle Sud, et celle du Groenland à proximité du pôle Nord.

 

  • Les eaux du Groenland regorgent d’une kyrielle d’espèces de baleines différentes dont les deux plus imposantes : les baleines bleues et les rorquals. Parmi les autres espèces, on peut également citer : les baleines à bosse, les baleine à fanons, les narvals, les bélougas ou baleines blanches, les cachalots, les globicéphales et les baleines boréales. 
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