Auteur: Marie Pachoud (équipe pédagogique), embarquée sur ATKA en juin et juillet 2018.

Début octobre 2018, le GIEC* (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) publie un rapport d’environ 400 pages, alarmant, sur les conséquences du changement climatique. Il met en avant l’urgence qu’il y a à changer radicalement nos modes de vie pour contenir un réchauffement climatique à +1,5°C voire 2°C. Notre proposition de lecture (parmi d’autres) : https://www.franceculture.fr/ecologie-et-environnement/rechauffement-climatique-les-solutions-avancees-par-le-giec

*Le GIEC c’est un groupement international de scientifiques, qui publie des rapports d’évaluation « en vue de fournir des évaluations détaillées de l’état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles et les stratégies de parade ». www.ipcc.ch

Depuis sa création en 1988 il a déjà publié cinq rapports. Alors à l’heure où le GIEC  tire une dernière sonnette d’alarme envers le rôle de nos activités humaines sur le réchauffement global de la planète Terre et l’absolue nécessité de les réduire, il devient difficile de vous parler de glacier sans en évoquer le retrait.

Cette Polar Week relate la rencontre depuis ATKA du glacier de Taateraat Sermiat situé à l’extrémité du fjord Taateraat, côte ouest du Groenland, en juin 2018.

Juin 2018 : Le glacier de Taateraat Sermiat

Extrémité du fjord Taateraat, côte ouest du Groenland.

 

IMAGINER

 

Nous rêvons depuis longtemps des côtes, des icebergs aux formes surprenantes, des parois gigantesques tombant à pic dans des fjords, des glaciers aux fronts majestueux et des petites maisons colorées. Et puis, il y a ce livre à bord d’ATKA, volumineux, toujours posé sur la table du poste de pilotage. Intitulé « Faroe, Iceland, Greenland », il attise notre curiosité à chaque page tournée.

L’auteur est William Ker. Il a sillonné les côtes du Groenland avec son voilier et écrit cet ouvrage, détaillant un nombre incroyable de lieux, de ports et de villages. Il explique comment y accéder, quels emplacements choisir pour les mouillages (endroits où l’on ancre son bateau pour y passer la nuit ou quelques jours), etc. En plus des textes et des informations qu’il apporte, ce livre est illustré de cartes et de photographies.

Au fil de ses navigations, Ben a acquis des connaissances sur cette côte sud-ouest du Groenland. Mais pour prévoir au mieux et rêver la suite du parcours, Ben tourne souvent les pages de ce livre et lit attentivement les indications lorsqu’un endroit l’intéresse. Moins dépendant de la météo que pendant la traversée, nous nous offrons quelques « balades » avant de rejoindre le village d’Oqaatsut, point final de la première étape d’ATKA avant son engagement dans le passage du Nord-ouest.

Légende : Front du glacier de Taateraat Sermiat. Photographie tirée du livre de Wiliam Ker « Faroe, Iceland, Greenland » 2014. Date de la photo inconnue.

Il y a cette photo. Sur cette photo de William Ker, légendée Taateraat Sermiat Glacier, le voilier parait si petit, telle une miniature, devant l’imposant front du glacier. Nous avons tous envie d’y aller, de voir ce fjord surplombé par les parois du glacier qui s’y jette.

Une fois quelques lieux sélectionnés et reportés sur la carte de navigation et les GRIB téléchargés, l’itinéraire est tracé. A notre grande joie, Ben annonce que se rendre à Taaterrat devrait être possible.

Légende : ATKA navigue le long de la côte ouest et s’apprête à rentrer dans le fjord de Taateraat. La voile en place pour la navigation est le génois.

ATKA navigue le long des côtes. Sur la carte, la position indique qu’il n’est plus très loin de l’entrée du fjord. Il semblerait que le glacier se distingue déjà, comment est-ce possible de si loin ?! Il doit vraiment être énoorrrmmee ! Le vent entraîne le voilier simplement grâce au génois, mais il faut avancer au moteur une fois arrivés dans le fjord. Ce dernier est profond d’une dizaine de kilomètres, ATKA ne sera proche du glacier que dans deux ou trois heures.

Légende : Le génois est enroulé, ATKA avance lentement dans le fjord, le glacier au fond est de plus en plus visible.

L’agitation monte à bord. Deux à trois heures encore à courir et à gesticuler sur les 15 mètres de longueur du bateau. A l’avant, à l’intérieur, les yeux sur cette photo, puis sur la carte pour calculer la largeur de ce glacier. Et puis, peut-être que les baleines se laisseront deviner. Oh là-bas, un jet d’eau ! Et, comme pour jouer… rien de plus !

ADMIRER

Légende : L’eau semble changer de couleur, légèrement plus verte qu’auparavant. Comparez avec les photos précédentes. Encore une bonne heure de navigation avant le glacier.

Il semblerait que l’eau change de couleur. D’abord d’un bleu foncé intense, l’eau semble éclaircir. Illusion d’optique ? Lumière qui change ? Au fur et à mesure de l’avancée d’ATKA dans le fjord, la couleur de l’eau devient effectivement d’un beau bleu-vert émeraude.

A votre avis, à quoi est dû ce changement de couleur ?

– La luminosité a changé

– Les parois, légèrement végétalisées, se reflètent dans l’eau donnant à la mer cette couleur plus verte

– Les particules minérales (dites « farine glaciaire ») que le glacier a arraché au sol en avançant, se sont déversées dans l’eau et cela a éclairci la mer.

Légende : Instant privilégié de contemplation

Le glacier au fond se précise. Les sommets s’étirent. L’atmosphère se refroidit. L’agitation retombe. Chacun dans sa bulle s’abîme dans la contemplation de ce paysage imposant.

 

PRENDRE CONSCIENCE

Légende : Front du glacier de Taateraat Sermiat, juin 2018.

Alors qu’il paraissait si majestueux de loin, le front du glacier est gris sur tout le côté droit. Par rapport à la photo du livre de William Ker, le glacier changé. Il a diminué, perdu de l’épaisseur, il se rétracte. Là, au fond de ce fjord, seul, sans habitations à des kilomètres à la ronde, le glacier de Taateraat Sermiat fond. La notion de réchauffement global est tangible et frappante, il en est le symbole, la victime muette.

Légende : Carte de navigation d’ATKA. Le trait rouge représente le parcours du voilier ATKA. Le trait jaune représente la limite approximative du front du glacier au 27 juin 2018.

Dérangeante sensation. Ambivalence.

Légende : Photographie illustrée montrant les moraines proches du glacier de Taateraat Sermiat

Immaculé, le paysage autour de nous porte les marques magnifiques du passé. Des moraines imposantes nous entourent. Nous naviguons dans le temps, dans le glacier. Cent ans en arrière, nous serions en plein dedans !

Légende : Un autre glacier dans une vallée perpendiculaire.

Après ces instants privilégiés, nous saluons le géant de glace. Sur le chemin du retour, dans ce même fjord, il y a une vallée perpendiculaire. Au fond, un autre glacier, majestueux, plus impressionnant encore, plus haut.

Pour télécharger la vidéo sur l’écoulement sous glaciaire, c’est ici : Video_ecoulement sous glaciaire

Nouvel arrêt, au plus proche du raisonnablement possible de cette masse glacée, et nouvelle immersion contemplative.
Il repose sur une topographie différente, plus raide. Ainsi, son recul est moins marqué, mais néanmoins visible.

Il est 22 h et nous jetons l’ancre le temps d’un repas. Au menu, poisson frais acheté la veille à Manitsoq et purée pommes de terre et carottes.

Après nous être régalé les yeux et les papilles, nous levons l’ancre pour mettre le cap sur Sisimut, prochaine escale. Les escales vont s’enchainer dans le but de rejoindre le village Oqaatsut (au nord de la ville d’Ilulissat) où ATKA avait passé un hiver pris dans les glaces de la banquise (2015-2016) Des nouvelles nuits en mer nous attendent !

Si vous avez probablement des questions, n’hésitez pas à contacter votre référent pédagogique.

Nous vous invitons à suivre la suite des aventures grâce aux Polar Week sur https://atka.fr/pedagogie/

Pour en savoir plus sur Marie (auteur de cette 3ème Polar week), veuillez cliquer sur sa photo.

Pour en savoir plus sur Ben, veuillez cliquer sur sa photo.

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