Auteur: Marie Pachoud (équipe pédagogique), embarquée sur ATKA en juin et juillet 2018.

Cette semaine, embarquez de nouveau à bord d’ATKA pour accoster au Groenland. Froid, petite tempête, icebergs, growlers… découvrons ensemble les spécificités d’une navigation vers l’arctique et à l’approche des côtes du Groenland.

Vous pouvez retrouver l’ensemble des caractéristiques techniques du voilier ATKA sur la fiche pédagogique associée.

 

Prendre la météo et garder le cap 

 

Annoncée pour durer de 18 à 20 jours, la traversée La Rochelle-Groenland ne prendra finalement que 16 jours, du dimanche 3 juin matin de La Rochelle au mardi 19 juin matin à Qaqortoq. La météo souvent favorable a permis à ATKA de garder un cap linéaire et lui a évité de tirer des bords (ce qui produirait un parcours en zigzags). 

Sur ATKA, se diriger en mer et garder le cap se fait à l’aide de moyens informatiques.

 

 

Légende : Exemple de GRIB

  • “Prendre” la météo

Sur un voilier, cette action se nomme prendre un GRIB. Un GRIB est un fichier de données météorologiques dont la principale donnée est le vent. Internet est nécessaire pour télécharger les GRIB. ATKA est équipé de très bons moyens de communications satellitaires, tels que internet et téléphone, grâce à son partenaire IRIDIUM (https://www.iridium.com/). Ainsi, Ben télécharge quasiment chaque jour un nouveau GRIB. En fonction des conditions annoncées sur le GRIB, Ben peut décider de changer de cap pour contourner une tempête ou aller chercher de meilleurs vents. Il peut aussi décider de garder le cap si les vents annoncés sont favorables. 

Sur le GRIB, les flèches et les barres donnent la direction du vent ainsi que sa force en kn (knot = noeud). Les couleurs bleues à vertes annoncent des conditions très calmes, au grand désespoir de l’équipage, car elles impliquent une navigation au moteur. A l’inverse, les couleurs rouges à violette indiquent des vents forts à très forts annonçant qu’il va falloir s’armer de courage.

« Bonjour,
Hier, le vent nous a permis de passer une journée sous voiles avec une moyenne de 5,8 nœuds. Les conditions toujours excellentes devraient se maintenir jusqu’aux côtes groenlandaises. » Ben, mardi 12 Juin – 7 h 00 ; Position du bateau : 52°51’700N – 27°38’100W ; Cap au 315

Mais comment se dirige-t-on en pleine mer ? 

  • Se diriger

Prendre un cap, c’est aller dans une direction donnée. En l’occurrence sur ATKA, c’est cap au Groenland. Ce dernier est situé au Nord-Ouest de La Rochelle. Nous faisions ainsi cap au 315°N.

Son_01 : Pilote auto

Légende : Le pilote automatique effectue perpétuellement des réglages fins en fonction des vagues pour garder le cap.

 

Légende : Réglage du pilote automatique au niveau du poste de pilotage

 

Le pilote auto, les mains au chaud ! ATKA est équipé d’un pilote automatique. Ben règle le pilote automatique selon des données de direction précises et souhaitées. Le pilote automatique respecte alors scrupuleusement ces données. L’équipage est soulagé par le pilote automatique puisqu’il n’a pas besoin de tenir constamment la barre, de jour comme de nuit. Mais attention, la vigilance est de mise, si le pilote automatique peut tenir un cap, il n’est qu’un boitier informatique qui ne dévie pas en cas d’obstacle. Le responsable de quart doit donc être vigilant et attentif durant ses 4 h de quart, l’observation est le mot d’ordre. 

 

Légende : Croisement bref d’un voilier après trois jours sans aucune rencontre

 

Plus le bateau avance vers le nord et moins il y a d’éléments à observer pour les marins, hormis quelques goélands jouant dans les vagues. Les trois derniers jours, ils n’ont croisé aucun bateau. Et puis un soir, au moment du repas, alors que le pilote automatique est à la barre et l’équipage sur le pont, Johan s’écrie « ah bah qui voilà ? » Sorti de nulle part, tout proche, un voilier belge les croise, qui rentrait chez lui après un tour du monde. Cette rencontre leur rappelle à quel point il faut être attentif même lorsque l’on se croit seul à des centaines de kilomètres à la ronde. En effet, le bateau n’apparaissait pas à l’AIS* et l’œil humain est le seul instrument qui leur a permis de le détecter.

 

Légende : Bouée croisée en mer lors de la traversée et le données AIS associées

*L’AIS renseigne la localisation précise, la vitesse, le type de bateau et autres informations sur les bateaux et autres éléments que l’on croise. 

 

Températures

 

Progressivement l’équipage a laissé les premières chaleurs estivales pour enfiler doudoune sur doudoune au fil des miles nautiques parcourus. Des 25°à 30°C du port de La Rochelle, l’équipage s’est petit à petit contenté d’un 0°C. 

 « Bonjour à tous,
Une chose est certaine, c’est que nous sommes dans la bonne direction. Il suffit de mettre le bout de son nez dehors pour se rendre compte que l’arctique se rapproche, avec une température avoisinant zéro degré et le jour qui augmente sans cesse. Je vous confirme que nous ne sommes pas en route pour les Caraïbes… on a bien fait de prendre des bonnets plutôt que des chapeaux de paille ! » Ben, Samedi 16 Juin à 7 h 00 ; Position du bateau : 56°50’906N – 38°27’181’W ; Cap au 305

 


Gérer les vents forts et tempêtes

 

Légende : ATKA approche les côtes du Groenland, il va passer par le Cap Farvel

 

Après cet interlude informatique, revenons à nos moutons (petite crête blanche au sommet des vagues lorsque la mer est formée). En effet depuis quelques jours la météo a durci. Et pour cause, ATKA s’approche du Cap Farvel. 

 

Extraits du journal de bord, récits de Ben pendant la traversée !

 

« Jeudi 14 Juin – 9 h 00
Les nouvelles sont arrivées avec un peu de retard aujourd’hui car la nuit a été… mouvementée ! 

Position du bateau : 55°03’788N – 33°15’925’W
Cap au 311
Vent de 35 nœuds au 23
Mer forte
Vitesse bateau : 5,1 nœuds
GV 3 ris

Bonjour à tous,

Après une journée relativement tranquille, sous voile, avec enfin un petit 20 nœuds de vent, la décision est prise de prendre 3 ris à la GV et de mettre la petite trinquette à la place du génois pour passer une nuit sereine au cas où le vent forcirait. 

 

 

A ma prise de quart de 20 heures, je fais comme à mon habitude un petit tour général du bateau, des fonds de cales, du moteur…
Et là, petite surprise en découvrant 2 – 3 litres de gasoil sous les vannes de pompage.
C’est une fuite du tank arrière bâbord (gauche) qui s’est déclenchée avec la forte gîte tribord. Petit tour sportif dans la soute à cause de l’état de la mer, récupération de la pompe à main et pompage pour transvaser 300 litres de carburant dans le tank milieu bâbord, alors vide.
Opération assez délicate pour ne pas en mettre partout quand on est brassé comme dans une machine à laver ! Premier problème réglé, rien de grave. 


Pendant ce temps, discrètement, je dirais même sournoisement, notre petit vent est passé de 20 à 30 nœuds, accompagné comme il se doit d’une mer bien formée maintenant.



En moins d’une minute, ce vent passe à 35 – 40 nœuds, avec des rafales à plus de 45. Pour faciliter le tout, il change constamment de direction. Il faut vite affaler la trinquette pour ne pas tout casser. 

 

 

Johan à la barre assure comme un chef et je vais à l’avant avec Raphael pour gérer la crise. Je peux vous confirmer que l’on se rapproche du Groenland car l’eau est très froide…
Après une vingtaine de minutes très intenses, nous réussissons à ranger à l’arrache (il n’y a pas d’autre mot) notre trinquette dans la soute avant et à revenir nous mettre en sécurité dans le bateau. Transis de froid, trempés jusqu’au caleçon faute d’avoir eu le temps de nous équiper, mais la situation est complètement sous contrôle maintenant.
Il est quand même 4 h 30 du matin. On s’est pris une grosse cartouche pas du tout prévue par la météo… Comme quoi, la vigilance doit toujours être de rigueur, surtout dans ces mers. 

Bonne journée à tous, suite des aventures demain.
Pour info, le vent et revenu constant à 20 nœuds, donc « no stress »…
Ben »

 

 

 « Vendredi 15 Juin – 7 h 00

Position du bateau : 55°42’408N – 36°03’115’W
Cap au 297
Vent de 22 nœuds au 54
Mer formée
Vitesse bateau 6,1 nœuds GV 3 ris + 1/3 de génois

Bonjour
Après notre nuit mouvementée et courte, la journée s’est bien passée avec un vent oscillant entre 12 et 22 nœuds. Nous avons repris notre rythme de quart et tout va bien sur ATKA.
La trinquette est toujours en vrac dans la soute, nous n’utilisons donc que la GV et le génois que l’on déplie plus ou moins suivant la force et l’orientation du vent.
Le temps maussade d’hier, accompagné de fréquentes pluies et d’une température avoisinant zéro degré, ne nous a pas permis de profiter pleinement du grand air. Il y a même un moment où la neige n’était vraiment pas loin. 

Quel luxe de pouvoir utiliser notre nouveau système de chauffage à air pulsé pour nous réchauffer et aussi faire sécher et assainir l’intérieur du bateau et l’équipement personnel, ça change la vie ! 

On file en ce moment à 5-6 noeuds, dehors il pleut. La surveillance est de rigueur avec un vent beaucoup plus fort que celui annoncé par les prévisions météo, les fameux GRIB que tous les marins connaissent. Encore trois grosses journées avant de toucher le sud du Groenland.
Bonne journée, A très vite. 
Ben
»

 

 

« Lundi 18 Juin – 5 h 48
Position du bateau 59°16’599N – 43°46’247W
Cap au 340
Vent de 42 noeuds au 25
Mer très formée ++
Vitesse bateau 6,2 noeuds GV 3 ris + 1/4 de génois

Bonjour à tous.
Après une courte nuit d’une heure trente, je prends un moment pour un mot rapide.
Le cap Farvel, où se rencontrent l’océan Atlantique nord et la mer du Labrador, est parfois aussi agité que le cap Horn. Ayant la chance de les avoir passés plusieurs fois chacun, je peux vous affirmer que c’est le cas en ce moment. Tout va bien à bord, et nous devrions voir les côtes groenlandaises aujourd’hui. Plus qu’une quinzaine d’heures à être secoués, avant de rentrer dans les fjords et de retrouver une certaine quiétude.
ATKA se plaît dans ce genre de conditions, on le sent dans son élément. Ce bateau est vraiment fait pour les navigations exigeantes et difficiles. A l’intérieur, on se sent en complète sécurité, pendant qu’il garde le cap en affrontant les vagues qui le submergent fréquemment, comme si rien ne pouvait l’arrêter.
Bonne journée à tous et à très vite à Qaqortoq, notre première étape groenlandaise. »
Ben »

 

Growlers et radar pour les icebergs

 

En plus des conditions de mer agitée, les quatre derniers jours de la traversée, l’équipage doit être très attentif aux growlers. Ces glaçons dépassent à peine de la surface de l’eau sont visibles seulement à l’œil humain et suffisamment volumineux pour endommager la coque du bateau. A présent, les quarts se feront systématiquement à deux pour accroitre la surveillance. Depuis l’intérieur et l’extérieur, les marins observent, scrutent l’horizon pour être certains de ne pas percuter ces obstacles.

 

Légende : Le radar, les taches noires représentent des obstacles

En plus des growlers, il faut être prudent avec les icebergs. Les marins choisissent d’activer le radar. Ce dernier bippe à l’avance en cas de présence d’un iceberg. Rassurant.

 

Gérer les ressources 

 

Légende : ATKA entre dans le fjord en direction de Qaqortoq, ville d’arrivée de la traversée

 

Après 16 jours de traversée, voilà qu’ATKA s’amarre à Qaqortoq, une belle ville du sud du Groenland.
Ils n’auraient pas pu rêver mieux pour cette première journée, car le brouillard matinal s’est dissipé pour laisser la place à un beau soleil radieux et chaud. Ménage, séchage, rangement, ATKA se refait une beauté… et l’équipage aussi. 

L’heure est à l’avitaillement. Ils remplissent les deux tanks d’eau de 500 litres chacun. Le gasoil est ok, le plein sera fait plus tard. Les produits frais manquent, Ben reste sur le bateau pour faire un point général sur la mécanique pendant que les quatre moussaillons s’occupent des courses.

Demain ils prendront la route pour Nuuk, la capitale, puis suivrons les côtes du Groenland. jusqu’à Oqaatsut, lieu d’hivernage de la première expédition. ATKA devrait retrouver ce village début juillet.

Alors ça y est, l’aventure Arctique commence !

Les prochaines PolarWeek, nous l’espérons, vous feront découvrir et rêver cet espace autant qu’il nous émerveille !

 

Vous avez probablement des questions, n’hésitez pas à contacter votre référent pédagogique si vous souhaitez quelques détails supplémentaires. 

Nous vous invitons à suivre la suite des aventures grâce aux Polar Week sur https://atka.fr/pedagogie/

 

Pour en savoir plus sur Marie (auteur de cette 3ème Polar week), veuillez cliquer sur sa photo.

 

Pour en savoir plus sur Ben (auteur du journal de bord d’ATKA), veuillez cliquer sur sa photo.

 

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