Auteur : Anne-Claire, coordinatrice ATKA Polar School, venue saluer ATKA et son équipage pour le jour du départ !

 

2 juin, veille du départ.

« Un voyage en appelle un autre »…

Combien de fois cet adage se vérifie-t-il dans une vie ? Depuis le quai du port de La Rochelle, Anne-Claire, pensive, regarde ATKA. Le bateau est beau, brut et élégant à la fois. Il est habillé d’une double coque en aluminium, matériau qui caractérise les voiliers polaires car il se renforce à basse température et les protège des chocs contre les blocs de glace.

 

 

Anne-Claire est émue par ce second départ imminent. Elle se souvient qu’il y a trois ans, ATKA quittait La Rochelle porté par une envie folle d’aller hiverner au Groenland. Et c’est au cours de l’hiver 2015-2016 que l’aventure ATKA Polar School a commencé. Tel un journal numérique, ce programme a relaté le quotidien du voilier bloqué dans les glaces polaires à 500 enfants en France. Une aventure de partage qu’Anne-Claire souhaite prolonger durant cette seconde expédition qui démarre. Cette fois-ci, une équipe pédagogique l’accompagne : Paul et Pascal en Suisse et les deux Marie en France.
Demain, elle dira à nouveau « à bientôt et bon vent » à l’équipage. Cap à nouveau au nord, mais cette fois-ci, ATKA part pour un grand tour de l’Arctique. Un objectif d’expédition qui fait rêver !

 

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Réparations, nettoyage, construction, recherche de financements, réflexion, organisation… cela fait des mois que ce départ se prépare. Pour partir en expédition en Arctique à la voile, tout est calculé, anticipé et réfléchi bien à l’avance, pour assurer la sécurité des hommes et des femmes à bord. Évidemment, on ne se lance pas dans un tour de l’Arctique comme on part en « week-end camping » avec ses copains ! Mais à la veille du grand jour, il reste encore de nombreuses tâches à accomplir.

Ce matin, en voyant l’énergie déployée par tant de personnes venues donner un coup de main, Anne-Claire se dit que la préparation du voyage est déjà une aventure en soi…

Pas le temps de philosopher, il faut s’activer ! Elle se fait bousculer sur le quai par les marins qui chargent du matériel à bord. Autour d’elle s’étalent des sacs de couchage adaptés à des températures de – 40 degrés, des bidons à eau, des sacs, des chaussures… Une pagaille d’objets divers qui n’attendent qu’une chose : être rangés soigneusement dans le bateau !

 

 

Mais avant, il y a une dernière mission d’importance : Ben réclame des volontaires pour s’occuper de faire l’appro. « L’appro » ? Qu’est-ce que c’est ? En termes de marin, « appro » signifie « approvisionnement alimentaire » (ou avitaillement) du bateau. Plus simplement, cela veut dire qu’il faut aller faire les courses ! Pour l’équipage, c’est toujours un moment à la fois excitant et un peu stressant. Il faut prendre tout ce qu’il faut sans être trop gourmand. Ce jour-là, c’est Baptiste, capitaine de l’hivernage 2015-2016, qui s’en charge. Il connaît la chanson ! Il en a fait plus d’un dans sa vie de marin et c’est avec efficacité et sourire qu’il dirige cette opération « miam-miam ».

Le savais-tu ? Les Français sont réputés pour la qualité de leurs repas, mais sur un voilier de 15 mètres qui navigue sur les mers boréales, il ne faut pas trop chipoter. Néanmoins, loin des sachets lyophilisés ou des soupes pour astronaute et des repas sans goût, les membres de l’équipage s’arrangent toujours pour des petits plats sympathiques au grand bonheur des marins. Cela permet d’égayer un quotidien parfois rude, particulièrement en pleine mer ou lorsque les températures sont bien fraîches.

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C’est parti, en direction d’un supermarché de La Rochelle. Cinq volontaires, avec chacun un grand chariot. Accrochés à leurs carrosses à quatre roues, ils passent dans chaque rayon de ce temple de la nourriture en tout genre. Baptiste donne les ordres : «Dix boîtes de maïs et dix de tomates en dés… même quantité de conserves de poires et d’abricots … ». Du salé par-ci, du sucré par-là. Dans les chariots, les boîtes s’empilent (légumes, fruits, poissons, pâtés,…) ainsi que les paquets de céréales, de biscottes, de riz, de pâtes, de semoule, accompagnés de nombreux pots de sauces. Un bon stock de friandises s’y ajoute, donnant à tous un large sourire. Pour les produits frais tels les fruits et les légumes, l’important est d’en avoir suffisamment jusqu’au prochain port. Si Ben ne se trompe pas de route, le bateau atteindra la terre au sud du Groenland dans une vingtaine de jours. Un chariot rempli de fruits, de légumes, de viande et de laitages s’ajoute à la collecte. A bord, ces produits frais seront consommés en premier car les boîtes de conserve ont une date de péremption plus longue. Au total, cinq chariots ont été remplis à ras bord en trois heures ! Anne-Claire est pressée de passer à la caisse…

Facture payée et voitures chargées, c’est le retour vers le quai où attendent ATKA et les marins. Un travail méticuleux de fourmis musclées s’en suit. Il faut déposer les sacs de courses à bord d’ATKA, trier les aliments et les ranger en fonction de leur usage dans les différents lieux de stockage du bateau.

 

« Mission accomplie Ben ! » annonce l’équipe appro. « Parfait ! Reste à installer les derniers sacs de l’équipage et nous sommes prêts pour dîner tous ensemble une dernière fois ». Il est 19 h. Les marins s’exécutent rapidement, chacun trouve sa bannette (lit-couchette dans les bateaux), puis l’équipe à terre et l’équipage se réunissent autour d’un bon repas dans un restaurant. Exténués, mais confiants pour demain, tous vont se coucher : les marins sur le bateau et les « terriens » dans les gîtes et les maisons amies de La Rochelle. Anne-Claire s’endort en se disant que demain, elle espère ne pas pleurer en disant adieu à l’équipage…

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3 juin, jour du départ

Toute l’équipe est fin prête. Pour rallier le Groenland, cette terre recouverte d’un glacier géant appelé inlandsis et première étape de cette expédition autour de l’Arctique, 15 à 20 jours de navigation en pleine mer seront donc nécessaires.
ATKA part avec cinq personnes à son bord : Ben le capitaine, Raphaël le second marin, Johan l’étudiant marin, Marie le reporter pédagogique et Quentin, le « couteau suisse » du bateau. Ben est le seul à avoir déjà navigué dans les eaux gelées de l’Arctique. Anne-Claire n’est pas inquiète, elle le connaît bien et sait qu’il aime partager ses connaissances, ses compétences et ses rêves avec tout le monde.

 

 

Pour ce départ matinal, une belle troupe est venue sur le quai vivre ce moment unique. Même s’il est tôt, une énergie chaude et chargée de bienveillance se dégage. A quelques minutes du départ, Anne-Claire embrasse tout le monde et se réfugie derrière son appareil photo. Elle n’aime pas dire « au revoir », car cela chahute son cœur comme dans les montagnes russes. Elle retient ses larmichettes dans sa gorge tout en prenant des photos. À travers la lentille de son appareil, elle voit son amie dessinatrice Fanny sortir ses crayons pour fixer ce moment chargé d’émotions.

On sonne le départ, les amarres sont lâchées, ATKA s’écarte lentement du quai pour se diriger vers la sortie du port.

 

Pascal embrasse Baptiste sous le regard heureux de Brieuc. Paul, c'est d'autres embrassades qui doivent le faire aussi sourire !

 

Ça y est, c’est parti. Tout le monde court le long du quai pour accompagner l’avancée du voilier. Sa pointe avant (la proue) se dirige vers l’horizon. Il fait gris et l’eau turquoise porte ATKA avec allure. Anne-Claire voit ses cinq amis s’éloigner vers le large, agitant leurs bras en guise d’au revoir. Au bout du quai, tous ceux qui restent à terre prolongent ce moment en accompagnant du regard le plus longtemps possible l’équipage courageux.

 

 

Immobile, Anne-Claire se laisse envoûter par la force du large qui l’attire. Son esprit vogue à son tour. Elle imagine l’équipage hisser la grand-voile au large des côtes et laisser ainsi ATKA glisser sans bruit vers les mers glacées. Elle les voit naviguer sans relâche en direction de l’Arctique pendant les vingt prochains jours. Chaque heure, ils se rapprocheront de leur but. Ils vont peut-être affronter une météo difficile, des coups de vent, des coups de froid, des vagues du large capables d’inonder d’un seul coup le pont du bateau, des baisses de moral. Mais qu’importe, ils surmonteront les humeurs de l’océan – bonnes comme mauvaises – pour atteindre leur but : toucher terre en Arctique. Au Groenland, quand ils retrouveront la terre ferme, Anne-Claire imagine l’équipage sauter du bateau avec audace, précipitation et beaucoup de sourires. Elle a hâte qu’ils lui racontent leur aventure.

Pendant quelques minutes, elle déguste ce départ, moment parfait suspendu sur le fil du temps, avant même que l’aventure ne commence vraiment, et dont elle se souviendra toujours… Ce moment où tout est possible.
Le voilier devant, les copains derrière, l’esprit d’Anne-Claire touche à nouveau terre. Sur le quai avec les amis, regards complices, fous rires et longs silences se mêlent. Personne ne réalise vraiment… ATKA est parti ! Anne-Claire et l’équipe restée sur le quai savourent ce second départ, ce moment heureux qui repousse bien loin le quotidien de chacun, souvent si absorbant et si chargé.

 

 

Toujours accrochée à son appareil photo, Anne-Claire ne peut plus retenir ses larmichettes sous la petite pluie qui commence. Elle prend une grande bouffée d’air et s’écrie avec joie : « Bon vent les amis et à bientôt au Groenland ! »
L’appareil photo d’Anne-Claire et les dessins de Fanny ont capturé quelques souvenirs qui, sitôt attrapés, appartiennent déjà au passé.

Désormais, pour l’équipage à bord, les cartes marines, le vent annoncé et les distances parcourues sur l’eau seront les seules préoccupations pendant les trois semaines à venir…

 

Prochain épisode la semaine prochaine : la traversée France-Groenland !

Une carte d’identité d’ATKA avec des plans et un descriptif détaillé du voilier seront bientôt disponibles en ligne.

Pour plus d’informations sur cette histoire ou sur le programme ATKA Polar School n’hésitez pas à contacter votre référent pédagogique ou Anne-Claire (atka.anne.claire@gmail.com).

 
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