Auteur: Marie Pachoud (équipe pédagogique), embarquée sur ATKA en juin et juillet 2018.

 

Partir en voilier pour une traversée de dix-huit jours, c’est déstabilisant. C’est monter à bord, s’aventurer, se confronter à l’inconnu et ne plus pouvoir renoncer une fois les amarres larguées.
C’est un saut dans l’espace-temps, avancer lentement, s’entourer d’eau des jours durant, vivre sur 15 mètres de long et 5 mètres de large avec une paradoxale sensation d’entière liberté…

 
Premières journées, premières émotions

Il y a encore quelques heures ATKA était à quai à La Rochelle, bien amarré à son ponton, entouré de tous, amis, familles et public venus spécialement pour son départ. Maintenant le bateau est en mer, poussé par un faible vent, son équipage sur le dos. Les équipes vont changer au fil du parcours. Ce premier équipage assure la traversée de La Rochelle à Oqaatsut.

 

 

Deux heures seulement après le départ les côtes semblent déjà fines, plus qu’un liseré à l’horizon. Par chance pour les marins novices la mer est calme. En revanche, une pluie fine impose à l’équipage de fouiller dans les sacs encore en ordre pour trouver les vêtements de quart et ainsi éviter de mouiller les vêtements confortables pour le reste du périple.

 

 

À 21 h, le soleil du soir colore le ciel d’un dégradé orange et l’équipage prend le repas sur le pont, le vent dans les voiles. Pris dans leurs vies respectives jusqu’à la veille du départ, les cinq membres de l’équipage discutent et se présentent les uns aux autres. Incroyable de se retrouver là, sans s’être vraiment rencontrés avant, isolés pour 18 jours de navigation en pleine mer.
Durant cette première belle soirée, le mal de mer ne touche personne.

 

 

Le deuxième jour est bien différent. Ceux qui se sont endormis avec une douce houle se réveillent un peu plus brusquement. La mer est agitée. Le vent s’est levé dans la nuit, Ben a hissé la grand-voile et mis le génois. ATKA navigue au près, le bateau gîte fortement et tape au rythme des vagues. Marcher à plat n’est plus possible. A l’intérieur, les affaires encore mal calées sont tombées.

Malgré un mal de mer de quelques heures pour le second, les trois marins ont rapidement pris leurs marques. Ce qui n’est pas le cas des deux apprentis marins. Marie et Quentin se réveillent, s’assoient sur leur bannette pour s’habiller mais se recouchent aussitôt, ils se rendent compte qu’ils sont incapables de se lever : le fameux mal de mer ne les épargne pas ! Deux jours durant, ils chercheront des stratagèmes pour réaliser les tâches les plus simples : manger, boire, aller aux toilettes, prendre l’air, tout cela sans être malades. Puis imperceptiblement, mer et vent calmes aidant, ils se débarrasseront de cette désagréable sensation, s’associeront à la symphonie du bateau.

 
Rencontres

Chaque jour de la traversée l’équipage est entouré d’eau, une immensité d’eau salée dont la couleur dépend des aléas météo. Ils passent des heures à observer ce paysage qu’un battement d’ailes, un jet d’eau, un aileron, une silhouette animent ! La faune jalonnera ainsi leur parcours et évoluera en fonction de la position géographique.

Dès le premier jour les dauphins offrent leur présence, filant à travers l’eau, fluides.

 

Vidéo des dauphins à télécharger : 04_dauphins 3

 

Ils viennent jouer tout près de la coque du bateau puis disparaissent. Au loin, le reste du groupe saute, se rapproche, apparait d’un côté d’ATKA puis de l’autre. Balai incroyable qui permet aux marins de prendre la mesure de l’aventure qui s’annonce.
Puis à partir du quatrième jour, ils n’en voient plus. Les mammifères, familiers et joueurs, laissent la place à des espèces plus timides ou plus petites. En haute mer, leur présence parait plus rare, les animaux peu diversifiés.

Est-ce l’effet du froid, de plus en plus présent, qui oblige l’équipage à rester davantage à l’intérieur ?

Ils comptent moins d’une dizaine d’espèces, en 16 jours de traversée hauturière ! Mais le long des côtes du Groenland la faune s’étoffe, à la liste s’ajoutent les phoques et ils attendent tous avec impatience la première baleine !

On voit des oiseaux tous les jours, avec les vagues pour terrain de jeu infini ! Mais il fait trop froid pour rester dehors à les observer longuement.

Et vous, dans votre journée, combien d’espèces différentes voyez-vous ?

 
Symphonie des gestes

La vie à bord d’ATKA est tel un orchestre. Chacun a son propre rythme, ses propres tâches et le tout forme une belle harmonie.
« Faire son quart » est un élément majeur autour duquel s’organise la journée. Toutes les quatre heures, l’équipage en charge de la navigation change.
Dès le départ, la distribution des quarts est faite. Ben et son second en sont les responsables et Johan, Quentin et Marie viennent en appui avec chacun d’entre eux. Faire le quart à deux assure plus de sécurité.

Voici la distribution :
8 h – 12 h : Raphaël
12 h – 16 h : Ben et Johan
16 h – 20 h : Raphaël avec l’appui de l’ensemble de l’équipage car c’est l’heure de la cuisine et du repas.
20 h – 00 h : Ben
00 h – 04 h : Raphaël
04 h – 08 h : Ben

Que mange-t-on ?

 

 

Le seul vrai repas que l’équipage partage, c’est celui du soir.
Le rendez-vous est fixé à 19 h. Dans la journée, l’heure des repas est déréglée à cause des quarts que chacun tient nuit et jour, l’heure du petit déjeuner et du déjeuner sont alors des moments personnels où chacun mange en fonction du quart qu’il assure et de son appétit !
Qu’il est agréable de se faire réveiller à 4 h du matin par l’odeur du café que le capitaine se prépare en vue de son quart!

Pain de mie, fromage, charcuterie, légumes, boissons chaudes et chocolat constituent les repas du midi.

 

 

Mais quand vient le soir, chacun leur tour, ils cuisinent leurs recettes fétiches… dans la mesure du possible ! En effet, lorsque la mer est agitée, les repas vont au plus simple : pâtes au pesto.
Alors qu’il est évident de cuisiner à la maison, cela devient tout de suite plus difficile sur un bateau.

Vidéo de la cuisinière à télécharger: 06_Cuisinière gite

Heureusement, la cuisinière est parfaitement adaptée. Elle est montée sur cardans et se débloque pour rester à l’horizontale, malgré la gîte du bateau. Les aliments, surtout les liquides, sont ainsi toujours à plat et des crochets réglables tiennent les casseroles.

 

 

Couper les aliments, c’est toute une technique : puisque le bateau est constamment en mouvement, il faut minimiser le temps où les éléments ne sont pas tenus.

Rassembler : dans l’espace à bords hauts tout ce qui va constituer le repas et le nécessaire de cuisine ;
Minimiser : au maximum la distance entre la cuisinière (où la casserole est déjà en place dans les crochets) et le lieu de préparation. Ne pas découper trop d’aliments en même temps, couper et mettre tout de suite dans un récipient ;
Ranger : tout de suite pour éviter que les choses dont on ne se sert plus chutent ou encombrent.

 

 

Partage d’expérience : Dimanche 10 juin 2018, faire une omelette aux poireaux à bord d’ATKA par temps presque calme et gîte légère !

« Ce soir, c’est à mon tour de faire à manger, les produits frais commencent à devenir une priorité, avant qu’ils ne pourrissent. Ail, oignons, poireaux, œufs, fromage, voila de quoi faire une bonne omelette. Mais très vite, les complications apparaissent. Je coupe les poireaux en rondelles, mais ces dernières roulent hors de la planche. Je prépare mes œufs dans un bol avec un peu de crème, je pose mon bol, le bateau gîte, ma préparation s’approche du rebord du bol… « oh non ! » me dis-je, « tout va se renverser ! ».
La préparation enfin prête, place à la cuisson. Puis dernière étape, plier l’omelette en deux, c’est bien meilleur. Mais cette dernière étape ne sera que partie remise, en effet le mouvement du bateau ne cesse d’aller en sens contraire du mien pour plier mon omelette. J’ai finalement réussi à régaler l’équipage, mais cela ne m’a jamais pris autant de temps de préparer une omelette ! ».
Marie

 
L’hygiène du marin

Le marin en traversée se lave les dents tous les jours… c’est déjà pas mal !

 

 

Sur ce détail de fin, nous laissons en suspens vos questions techniques sur le voilier ATKA et ses conditions de navigation et vous donnons rendez-vous la semaine prochaine pour la Polar Week #03, suite et fin de notre traversée La Rochelle-Groenland.

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